LYCEE PROFESSIONNEL ETIENNE LENOIR DE CHATEAUBRIANT

Ici on joue avec les mots, on chante avec les lettres. 
On écrit nos souvenirs, nos petits plaisirs, nos bonheurs, notre joie, notre tristesse.
On invente, on s'invente un avenir, on imagine, on se souvient.
Notre professeur prétend que nous sommes tous des écrivains, c'est à vous d'en juger ou non, car peu importe, ce que nous vous proposons c'est de partager nos moments de classe, nos moments de larmes, nos applaudissements, nos rires aussi, parfois teintés de mauvaise humeur. Car écrire est un exercice difficile et demande des efforts, pourtant il est l'un des plus merveilleux chemin de liberté mais aussi d'émancipation. Dans un moment de calme, accompagnés par une musique douce ou non (!), notre crayon parfois nous joue des tours, une madeleine bretonne nous raconte son histoire d'amour et dans un sac on découvre le rire des enfants du monde qui se mélangent avec des miettes de pain ...
BIENVENUE  ET BON PARTAGE
 
AUCUNS DES TEXTES NE PEUVENT ETRE COPIES MEME PARTIELLEMENT, SANS AUTORISATION.
 
MAI 2014
 
Coline Gasnier en seconde ASSP, est lauréate académique de Nantes du concours de nouvelles des étonnants voyageurs. Voici son texte primé :
 

MADELEINE

 

Et elle partit, tenant sa fille dans ses bras à la recherche, folle mais pas désespérée, d'un simple jouet d'enfant, d'une toute petite poupée en chiffon, dans ce monde cruel et obscur qu'était la guerre.

 

Elle marche, fatiguée, essoufflée, mais étant désespérément pleine d'espoir, dans une ville où des flammes, des explosions, des tirs de canons surgissent de partout. Elle veut y croire. Pour sa fille, sa vie. Son bonheur n'a pas de limite, ni de prix. Elle doit lui montrer qu'elle est forte. Malgré ces nuages de poussières de bombes, elles marchent. Elles marchent jusqu'à un certain endroit. Derrière ce virage, plein d'espoir pour cette petite fille au corps rongé par les extraits d'obus, de ses bras recouverts de sang chaud et fluide.

- Où est ma poupée maman, s'exclame la fillette, où est-elle ?

Sa mère la regarde. Se miroite dans ses yeux la désespérance du monde, elle soupire.

- Ne t'inquiète pas ma chérie, nous allons la chercher. Il faut que nous marchions encore un peu elle nous attend. Elles cheminent tant bien que mal, les mains unies Parfois une rafale de vent les sépare, puis le souffle des bombes et quand la terre tremble. A chaque fois elles reviennent peau contre peau et se rassurent.

A fatigue est là. Les bombes, ne se préoccupent pas de l'état des jeunes femmes pour éclater près d'elles. Verdun est méconnaissable. La guerre bat son plein, les rares personnes qu’elles croisent sont hagardes. La mère et sa fille aussi. Le sentier est remplit de boue, de flaques d'eau. Leurs vêtements sont trempés, sales disparaissent peu à peu sous les assauts des éléments. Là-bas, un abri, loin à quelques bombes, de tirs de fusils et de canons, un endroit qui fut un poulailler autrefois et d’où dépasse un peu de paille, elles s’y engouffrent.

Dans un état médiocre, la femme déchire ses vêtements et absorbe le sang de la blessure à la tête de sa fille, avec le calme qui revient peu à peu, la blessure arrête de saigner. Ni l'une ni l'autre n'a sommeil, le carnage reprend. La fillette s’endort. Il n’y a plus que ces planches, cette paille couchée et vieillie et dehors comme issues.

La jeune femme regarde son enfant dormir, elle doit veiller sur elle parce qu’elle l’a promis à son père, ce mari qu’elle ne reverra plus, qu’on lui a pris sans lui rendre son corps. Cet homme qui de ses mains façonnait le bois comme s’il était lui-même un arbre. Il prétendait d’ailleurs que dans ses veines coulait de la sève d’orme, son bois favori. Cet époux qui lui avait demandé sa main dans son atelier, le genou sur les sciures de bois alors même qu’elle avait toujours pensé qu’elle épouserait un fermier et non pas un menuisier. Cet homme avec qui elle était devenue une femme puis une mère, elle l’orpheline qui était devenue mère et avait été accueillie comme une fille par sa belle-famille. Cet homme au corps musclé et fin, à la tignasse des feuilles d’automne, on le lui avait pris. Sur un courrier, dans une petite enveloppe bleue apportée par le maire et un gendarme, il était écrit « Disparu ». Comme la poupée d’Henriette. Elles aussi, là, elles ont disparu et il faut faire revenir la vie.

L’enfant se réveille :

-          Elle est où ma poupée ?

-          On va la chercher, mais il faut marcher si tu veux qu’on la retrouve.

Les obus ne tombent plus. La terre s’apaise, le ciel est bas, il porte la peine du monde.

                                                                                        

A l’écart, une ferme plutôt isolée, loin de la misérable guerre envoie par sa cheminée une fumée légère. Quelques poules picorent dans la cour, indifférentes à leur arrivée. Une vieille femme, emmitouflée dans des épaisseurs de châles noirs leur fait signe de s’approcher.

-          Bonjour venez vite vous réchauffer et boire un peu de tisane chaude et du lait, vous irez rejoindre les autres dans l’étable.

-          Nous sommes les combientièmes errants de la journée ?

-          Oh je ne compte plus ! Mais vous pourrez rester là autant qu’il le faudra ne vous inquiétez pas. Pour la petite il y a un poste de médecine avancé à deux bâtiments de là, il faudra aller lui bander la tête et ils vous donneront de la poudre contre les poux, car il y en a dans la paille, les soldats viennent parfois dormir ici. Posez vos affaires si vous le voulez.

-          Nous n’en avons pas.

-          Les infirmières vont soigner votre petite.

-          Oui je vais y aller, je vous remercie.

Dans le bâtiment les blessés sont entassés, ensanglantés, hurlants. Certains sont recouverts d’une capote allemande qui leur sert de couvertures.

Une infirmière s’approche d’elles :

-          Vous regardez nos blessés allemands, ne vous inquiétez pas pour eux, ils seront soignés après les nôtres mais ils seront soignés. Montrez-moi la blessure de votre petite.

La jeune mère frissonne, sous la porte de la grange un coup de vent entreprend de déranger le repos des blessés, en faisant un bruit étrange, elle pense à l’idée qu’elle se fait de la faucheuse quand vient l’heure de la suivre.

Henriette est installée sur un établi et l’infirmière entreprend de lui bander la tête. Près d’eux un nourrisson babille dans un couffin de fortune :

-          On l’a trouvé il y a deux jours, les soldats l’ont sauvé des flammes ! C’est un petit garçon que l’on a prénommé Eugène en attendant de retrouver ses parents.

Le nourrisson les regarde avec un sentiment d’éternité comme s’il voulait leur dire quelque chose, son regard se fixe sur l’une et sur l’autre à tour de rôle.

Soudain, la petite fille fixe un point, dans le coin des grands blessés, ceux qui ne peuvent pas être transportés, un rideau seulement les sépare mais un médecin l’a laissé entrouvert.

Henriette commence à murmurer, elle ne tient plus en place.

-          C’est ma poupée crie l’enfant qui saute de l’établi, alors que l’infirmière vient de fixer sa bande avec une aiguille à nourrice, c’est ma poupée !

-          Madame rattrapez là, cet endroit n’est pas un endroit où une enfant peut rentrer.

Le rideau se referme et l’enfant pleure

-          Ma poupée, ma poupée !

Alors sa maman jette un œil de l’autre côté du mur, et elle voit comme elle un morceau de tissu qui dépasse d’une main, qui dépasse d’un drap, que tient un homme momifié. Elle confie sa fille à l’infirmière :

-          Ils sont arrivés hier, ce sont nos soldats qui ont été blessés du côté Allemand, qui ont été récupérés et amenés ici.

Puis-je entrer ?

-          Si vous voulez.

Elle s’approche de l’homme au mouchoir, ce tissu qu’elle reconnait entre tous, le même avec lequel elle avait cousu une petite robe pour le jouet de sa fille et des mouchoirs. Ce chiffon. Le blessé grogne un peu, elle le regarde dans les yeux, sa bouche s’ouvre difficilement  et elle entend, le seul mot qui compte, le seul qui redonne vie et espérance à tout ce qu’elle vient de perdre, le seul qu’elle a haï lorsque sa mère à elle, qui le portait elle aussi, l’a déposée à l’orphelinat à six ans et qui maintenant prend sens  :

-          Madeleine, Madeleine ….

L’infirmière s’approche d’elle :

-          Que dit-il ?

-          Il connait mon prénom…

Madeleine est déjà en train de lire le nom et prénom du blessé au pied de son lit. 

 

 
 
JANVIER 2014
 

 

L'écrivain Marcel Proust déguste sa petite madeleine en buvant son thé, soudain il s'est souvenu de son enfance. En lisant son texte nous nous souvenons nous aussi …..

 Mon papa est un héros !                              

 

C’était un dimanche matin, après une bonne grosse-matinée. Mon lit était tel un chauffage, je m’y sentais bien. Dans ma chambre, ça sentait le beurre. Je sentais le beurre. Je me suis donc demandé : qu’est ce cet aliment qui sent le beurre ? Je me suis réveillée, de bonne humeur, tard. Je me suis levée après avoir émergée. Ma maman cuisinait. J’aime bien quand ma maman cuisine, car c’est toujours bon, et agréable à manger. J’ai  descendu les escaliers, dans ma robe de chambre violette. J’étais petite. Dans la cuisine, le four était en route. A l’intérieur, une bonne brioche dorée, jaune, avec des pépites de chocolat. J’étais tellement affamée… ma maman la sort, la coupe en fines tranches, puis m’en donne une puis deux.

 La digestion fut extraordinaire, pour moi, et mon palais. Une  brioche maison, que mon papa avait faite. Depuis, tous les dimanches matins, l’odeur de cette bonne brioche me revient. Même quand exceptionnellement mon papa n’en fait pas, depuis l’âge de mes  6 ans.

 Mon papa est un héros !

                Colline G seconde ASSP

 

 

 Décembre 2013, nous avons sélectionné le texte d'Emmanuel R en seconde TUTCI, il fallait à la manière de Francis Ponge faire l'éloge d'un objet préféré.
 

A première vue, ce n’est qu’un simple rectangle sans

importance.

Mais il suffit de s’en approcher et notre curiosité est piquée. De profil c’est aussi un rectangle bien qu’il soit plus petit. Absolument toutes ses surfaces sont lisses, sans aucunes imperfections,

tellement lisses que l’on croit toucher la plus douce soie, sauf sur l’un des ses côtés. Celui-ci est composé de très nombreuses feuilles, il est souvent un peu rugueux. Ces feuilles, étroitement serrées telles des sardines dans leur boite, se révèlent quand l’objet rectangulaire balance une de ses faces sur le côté. Et là, nous découvrons

l’extraordinaire secret de ses mystérieux bouts de papiers : en effet, elles contiennent le SAVOIR. Mais, pas toujours, elles ont aussi le pouvoir de nous faire rire, pleurer, crier ….

Les plus anciens de nos objets dégagent la sagesse, sentent le vieux parchemin et respirent la connaissance. Le bruit de leurs pages nous transportent vers des univers lointains. Les livres recensent toute la vie de l’homme, ses sentiments, ses envies et ses craintes. Chaque page tournée nous plonge dans un tourbillon d’émotions. Sans écrits nous serions

pareils à des bêtes incapables d’exprimer nos sentiments et nos idées. Un livre c’est un univers parallèle où commence une nouvelle vie.

 

Emmanuel R seconde TU/TCI

 

En novembre nous avons sélectionné le texte de Billy (pseudonyme) de 1ère ASSP. Nous avons regardé dans notre main, ses lignes d’amour, de « tête » de vie et tenté d’y déceler notre avenir.

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Dans ma main je vois des cabanes, des lignes qui vont dans tous les sens, une couleur beige. Des cars des animaux.

Je vois mon petit frère, oui je le vois tout petit mon bébé d’amour je te vois, et toi maman oui je te vois aussi toi que j’aime toi qui me manque tellement, toi que je n ai pas vue depuis deux ans presque, je te vois dans ma main.  Je vois le sourire de mes sœurs qui son loin là-bas dans mon pays le Congo je vois le sable, le soleil. Je vois quelque années de moi en arrière, je revois la guerre …

 

JE VOIS LA SEPARATION DE PAPA ET MAMAN. JE VOIS LA HAINE de mes ennemis les pleurs des innocents ! Je vois une petite fille qui pleure je vois les hôpitaux les pompiers, la mort voilà ce que je vois. Papa je te vois aussi je t aime même si je ne te le dis pas souvent. Je vois « C » marcher avec sa cigarette à la main mon cœur mon amour mon doudou, oui je te vois ! Isma Eden , je vous vois mes amours. Je vois une fille qui crie très fort sa haine sa colère sa tristesse sa peur et cette fille c’est moi, je me vois moi-même sur la paume de ma main.

 

                                                                       Billy